L’audiodescription.

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un courriel (j’aime bien utiliser ce mot, c’est comme un hommage que je rends à qui m’a beaucoup appris pendant mes études). Donc, ce courriel est le bulletin d’information de l’USAL, et il inclus plein de liens aux livres électroniques dédiés à la traduction. Dans ce cas en particulier, ils parlaient d’audiodescription, et je me suis souvenue de mon travail d’il y a trois ans sur le même sujet.

En fait, le texte original était beaucoup plus long, car il faisait partie d’une conférence sur la traduction dans le cinéma, et il incluait aussi des exemples pratiques de la technique appliquée au film « L’illusionniste » du réalisateur Neil Burger dans sa version espagnole. Comme vous pouvez imaginer, pour des raisons de breveté, et parce que je n’ai pas l’autorisation pour partager le film ici, je ne peux pas inclure cette partie dans mon post, mais je vais quand même vous présenter le reste, c’est-à-dire un peu d’histoire et la description du processus.

 ***

Mesdames et Messieurs les professeurs, chers collègues, bonsoir à tous. C’est un honneur pour moi d’être ici et de pouvoir participer à ces conférences. Ils m’ont demandé de parler d’un sujet qui est très important dans notre société moderne. Malheureusement,  ce sujet n’est pas trop connu, même s’il n’est pas nouveau du tout. Je vais vous parler de l’audiodescription.

Qu’est-ce que l’audiodescription ?

Je vous donne la définition que nous offre le Ministère du Travail de la République Française :

« L’audiodescription est un procédé qui permet de rendre accessible des films, des spectacles ou des expositions aux personnes non-voyantes ou malvoyantes grâce à un texte en voix-off qui décrit les éléments visuels de l’œuvre. La voix de la description est placée entre les dialogues ou les éléments sonores importants afin de ne pas nuire à l’oeuvre originale ».

 L’histoire

Voyons donc un peu d’histoire avant d’entrer dans le processus de l’audiodescription. Comme j’ai déjà dit, l’audiodescription n’est pas une technique nouvelle, car elle date des années ’70. Tout commence en 1975 aux États-Unis ; Gregory Frazier, professeur de l’Université de San Francisco avait été frappé d’entendre l’épouse de son meilleur ami aveugle lui décrire ce qu’il ne voyait pas, alors qu’ils regardaient la télévision. Il en parla avec le doyen de l’université, August Coppola, qui décida alors de mettre sur pied un programme académique. Le premier film en audiodescription présenté aux aveugles est Tucker, du réalisateur Francis Ford Coppola, frère du doyen August Coppola. C’est de cette façon que l’audiodescription commence à se faire connaître et à arriver aux autres pays. Parallèlement, August Coppola et George Frazier organisent la formation des étudiants étrangers dans l’audiodescription, à ce moment appelée « AudioVision ». En 1989, trois Français arrivent à l’Université de San Francisco pour commencer à étudier. À leur retour en France, August Coppola donne à l’Association Valentin Haüy (AVH) l’exclusivité du projet, et des extraits audiodécrits son présentés au Festival de Cannes. Toujours en 1989, le premier film en audiodescription (Indiana Jones et la dernière croisade de Steven Spielberg) est présenté. La première représentation théâtrale ( Le songe d’une nuit d’été de William Shakespeare) est de l’année suivante et elle est présentée au Théâtre National de Chaillot. Actuellement, l’AVH a un catalogue de plus de 300 films en audiodescription.

Des dates importantes pour l’audiodescription en France sont l’année 2005, quand a été publiée la Loi pour l’égalité des droits, des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, dite « Loi handicap », et l’année 2008, quand a été signée la Charte de l’audiodescription entre les professionnels de l’audiovisuel et les associations représentatives du public aveugle et malvoyant. Enfin, en 2009, des professionnels du secteur se joignent à l’ESIT pour mettre au point la première formation professionnelle et qualifiante d’audiodescripteurs.  [

Pour ce qui est de l’Espagne, c’est justement la ONCE, l’Organisation Nationale des Aveugles Espagnoles, qui s’occupe de l’audiodescription. Après des contacts avec le Théâtre National de Chaillot, la ONCE registra le processus sous le nom de Sistema AUDESC et, en 1993, commença un programme de recherche et développement de l’audiodescription. Elle aussi a environ 300 films en audiodescription en VHS et DVD. Ces films n’étaient pas en commerce, et ils n’étaient accessibles que pour les membres de l’association. Heureusement, maintenant, des DVD avec audiodescription se trouvent dans le marché et ils sont doués d’un système de navigation accessible.

Description du processus

Donc, l’audiodescription permet aux personnes non-voyantes ou malvoyantes d’accéder à un spectacle, car elle peut s’appliquer à cinéma, théâtre, télévision, danse, expositions, et à toute expression artistique comportant des images inaccessibles à un public déficient visuel sans aide extérieure, comme nous dit toujours la page du Ministère.

Le processus de l’audiodescription peut être divisé en 4 phases :

―                la traduction

―                l’enregistrement

―                le mixage

―                le pressage

La première phase, dont je vais m’occuper dans mon discours, est celle de la traduction, car on considère les audiodescripteurs comme les traducteurs d’image. L’audiodescription est un type de traduction intersémiotique, parce que il faut passer du langage visuel à la langue parlée, donc, de l’image aux mots. Elle est aussi une traduction subordonnée, car le texte dépend de l’image et de l’espace qu’on a à disposition.

Même si l’audiodescription n’est pas un texte canonique, car elle manque de cohésion, et elle obtient du sens seulement si on l’accompagne de l’image, elle este un type de narration en pleine règle, car elle se base sur les éléments basiques qui forment une histoire : qui fait quoi, où et quand le fait.

La phase de traduction inclut l’analyse, c’est-à-dire le moment où l’audiodescripteur s’approche au film pour connaître ses composants. Il doit être capable de comprendre la structure de l’œuvre, les intentions de l’auteur et tous les éléments sonores et visuels pour pouvoir hiérarchiser les informations. C’est à lui de décider quels sont les éléments visuels à décrire, de définir le temps disponible pour le faire et les moments où placer les descriptions.

L’audiodescripteur doit être fidèle à l’image et à l’intention du créateur de l’œuvre, car il doit permettre que son publique reçoive les mêmes informations que ceux qui peuvent voir les images. Il doit donc restituer la charge émotionnelle de l’œuvre, sa sensation esthétique et sa signification sans pourtant donner une interprétation personnelle, sans juger et sans dévoiler des informations qui vont apparaître plus tard dans l’oeuvre. En réalité, l’audiodescripteur ne devrait pas résumer des éléments avant ou après qu’ils se produisent, mais plus avant dans ce discours je vous présenterais des exceptions à cette norme, car il n’est pas toujours possible de respecter cette règle en donnant toute l’information nécessaire.

Il ne faut pas oublier que le texte audiodescrit doit recréer le composant visuel de l’œuvre ; l’audiodescripteur doit donc avoir des connaissances cinématographiques, car il doit entendre le pourquoi des actions, des choix du directeurs, des cadrages, des couleurs utilisées, etc., pour pouvoir comprendre ce qui est important et ce qui ne l’est pas, et pouvoir ainsi le décrire. Ainsi, il doit avoir des compétences narratives et une parfaite maîtrise de la langue pour pouvoir recréer les images avec les mots et faire que se crée une image mentale immédiate dans les spectateurs.

Pour le faire, il faut décrire correctement les personnes mais aussi l’environnement. Dans le cas des personnages, l’aspect est très important, c’est-à-dire sa taille, sa constitution, ses cheveux, son visage, son age, etc., ainsi que ses vêtements. Il devra aussi décrire son attitude, les gestes et l’expression. Chaque pays a son style en audiodécrivant : en Allemagne, par exemple, on n’utilise pas de descriptions des sentiments, seulement de l’attitude ; en France c’est presque pareil, et en Espagne aussi, même si avant on tendait à donner plus d’importance aux sentiments. Au Royaume Uni, les descriptions sont très précises, avec beaucoup d’adjectifs et de verbes spécifiques, sans laisser des espaces de silence, tandis qu’en Espagne on préfère laisser des silences pour que le spectateur puisse créer ses images.

Dans la description de l’environnement, on préfère toujours décrire ce qui se meut face aux éléments statiques, et on décrit la décoration, l’illumination et les couleurs. L’emplacement est très important pour que le publique puisse se situer, voila pourquoi les éléments qui décrivent l’emplacement sont soulignés, en les plaçant au principe ou à la fin du fragment décrit.

Pour ce qui est de la morphosyntaxe, nous voyons une absence presque totale des passives et une prédominance des verbes au présent, les rares cas de futur on les trouve quand l’audiodescripteur est obligé à avancer quelque chose que va apparaître ou va passer plus tard. La syntaxe présente des propositions simples, des structures traditionnelles sujet + verbe + complément, et des propositions coordonnées dans la presque totalité.

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